GUERRE.
par Claude VEDDER
"Mes chers soldats, soyez combatifs ! Nous tenons la victoire entre nos mains et Verdun
restera Française. Ne vous posez pas de questions et bataillez vaillament. L'ennemi allemand s'apprête à nous assiéger mais nous serons plus forts qu'eux. Courage ! Pour la
nation, et pour le monde !"
"Moi, je n'ai que dix-sept ans et les mots du chef de la deuxième armée ne me font aucun effet. Je ne veux ni mourir, ni tuer quelqu'un. C'est pour la nation, qu'il a dit, le commandant. Mais pourquoi un pays cherche-t-il à imposer son hégémonie aux autres pays voire au monde ? Pourquoi cette guerre ? Je n'en peux plus, je suis épuisé. Les conditions dans lesquelles nous vivons sont lamentables. Il y a très peu d'eau potable, les tranchées sentent la pisse, sont boueuses et infestées de rats. L'agonie des blessés sonne comme une longue plainte dans ces couloirs de la mort. Un nouveau massacre paraît inévitable."
"Je ne comprends pas la décision de nos états-majors. Pourquoi poursuivre cette guerre qui a déjà fait tant de morts ? Pourquoi le général Falkenhayn veut-il absolument prendre Verdun ? Non, je ne comprends vraiment pas ! Le Konprinz Frédéric-Guillaume est annoncé pour nous dévoiler ses plans de bataille, de massacre devrai-je dire. J'ai dix-sept
ans et je veux vivre !!! »
*****************************
« C'est vrai que Pétain a du charisme et de l'autorité et en ce moment même nous sortons tous des tranchées pour aller livrer une bataille sanglante contre l'ennemi allemand que nous voyons arriver au loin. Je suis comme porté par la masse. »
« Attention ! A mes ordres ! Tous en rang ! Baïonnette en avant ! Maaarche ! Le Konprinz savait parler à ses troupes et nous montrerait le chemin de la victoire ! Je le suivais presque aveuglément… »
Les deux formations avançaient l’une vers l’autre, déterminées à se massacrer et à vaincre pour leurs deux nations respectives. Les seules voix que l’on pouvait entendre étaient les ordres gutturaux des chefs des deux camps qui enjoignaient leurs troupes de ne tirer que sur leur ordre.
Marche vive et cadencée…
On entend à présent la masse des hommes qui avance…
Les atrocités se font attendre…
Les armes se chargent dans l’action…
Les baïonnettes se baissent…
Encore cent mètres avant la boucherie.
Pourquoi tout cela ?
Le déclic !
Gustave et Hans se détachent de leur bataillon et courent comme des dératés en terrain découvert et la stupeur arrête net la progression de leurs camarades soldats. Sont-ils fous ?
Ils se font face, eux, seuls au milieu des deux troupes.
Comme un réflexe d’autodéfense les deux fusils sont pointés l’un vers l’autre.
Regard intense d’incompréhension. Que faire maintenant ?
Un éclair de lucidité les transperce.
Ils jettent leurs armes et s'enlacent avec leurs bras. Ce 21 janvier 1916, la bataille de Verdun n’aura pas lieu. La prise de conscience de ces deux jeunes militaires rejaillit sur tous les fronts et la guerre s’arrêta instantanément à travers le monde, laissant place à d’énormes scènes de liesses et d’embrassade. La haine, l’envie, la jalousie furent remplacées par l’amour, le partage et la paix.
A tous ceux qui ont malheureusement dû combattre un jour, qui combattent en ce moment, et à ceux qui j’espère, n’auront jamais à combattre.