TENDRE COUSIN
Par Claude Vedder
Nuit du 4 juillet
Tu es venue la première fois à cette date. Je ne t’attendais pas si tard mais tu n’es pas responsable du temps qu’il fait. Le reste de l’année, je ne pense pas à
toi, mais dès que revient l’été, j’angoisse de t’entendre, dans le calme de la nuit. Tu as délaissé ton homme pour venir me rejoindre dans ma chambre, y passer des nuits entières, frétillant de
désir pour mon corps. Et moi, comme d’habitude, j’essaierai au début de t’empêcher de m’approcher, puis vaincu par la fatigue, je me laisserai aller dans le sommeil, et tu commenceras alors ton
travail. Tu n’auras de relâche d’ausculter la moindre partie de mon anatomie, d’entrer en contact avec elle puis, frénétiquement avec excitation, tu plongeras sur l’endroit tant convoité et tu me
suceras jusqu’à étancher ta soif de mon liquide de vie. Et comme d’habitude, au matin, je me réveillerai gêné de tes actes, démangé par mon corps et stigmatisé par ta fougue.
Nuit du 5 juillet
Même angoisse que la nuit précédente. Es-tu là ? Me guettes-tu ? Attends-tu que je m’endorme pour réapparaître ? Je t'en veux de ne pas te montrer, de
rester discrète. Dès que j’allume la lumière ou que je bouge, pfuit, tu t’évapores dans les airs comme par magie. Mais cette nuit, je tiendrai bon. Je veillerai jusqu’à ce que tu te pointes, être
de ma vindicte que je finirai par débusquer ; car si je t’entends sans te voir, ce désir pour mon corps te fera faillir. Je reste là, nu, allongé sur le lit, le corps découvert, offert à tes
pulsions, à ta faim…J’attends…Je me réveille, tu es partie, tu m’as encore eu… Tu as une nouvelle fois nourri ton appétit à mes dépens. Tes assauts répétés me démangent tellement que j’ai peur de
fermer les yeux, le soir en t’attendant, en t’entendant.
Nuit du 6 juillet
Tu es revenue, j’en suis sûr. Tu as senti ma présence, tu es prête à me dégorger, me déglutir, m’avaler ! Et je n’en peux plus de ces nuits trop courtes que tu
me fais passer, à me faire suer pour ton plaisir. Alors même si ton sang est mon sang, cousin que je déteste, il va falloir me résoudre à te tuer pour le bien de mon corps et la sérénité de mon
esprit. Et c’est de ma main, que je te tuerai ce soir !
Même scénario qu’hier, avec en plus la farouche volonté d’en finir. J’éteins la lumière. J’attends… Ca y est, je t’entends, tu t’approches. Hmm ! ! !
Tu es sur mon corps… Vas-y ! Suce ! Suce ! Pompe-moi ! Aah ! Tu as fini. Je ne te sens plus ; je me suis laissé faire et maintenant à mon tour d’agir :
j’allume ! ! ! Tu dois être cachée quelque part à te reposer. J’inspecte les quatre coins de la pièce, sous le lit. Tu n’y es pas… Doucement, je vais vers la porte ouverte et
lentement, je la ferme. Enfin je te vois ! Tu es là ! Immobile ! A te reposer après t’être repue. A ma merci !..
Quelle jouissance de savoir ta fin proche. Et même si d’autres viennent par après, je les tuerai également. Voilà ! Je lève ma main, et violemment je l’abats
sur toi qui éclate dans une marre de sang.
J’essuie ma main avec un mouchoir et je retourne me coucher, apaisé. Demain, au réveil, je nettoierai la grosse tâche rouge que tu as laissé sur le mur, espèce de
sale…moustique ! ! !
Cousin : n.m. moustique (culex-pipiens) le plus répandu en France, et dont seule la femelle pique.