FEMME OBJET.
Par Claude Vedder
Lui s’appelle Yannick, elle s’appelle Caroline.
Ils avaient découvert leur passion commune il y a environ cinq ans lors d’une soirée entre amis : le plaisir sexuel. Quinze jours après cette rencontre où ils avaient échangé leurs
idées sur le sujet, il avait eu le courage de la rappeler pour passer des mots aux actes. Yannick aurait déjà pu se dévoyer avec bien d’autres femmes durant les vingt dernières années, mais seule
Caroline avait su pénétrer ses idées et entrer en osmose avec lui dès les premières paroles. En plus, elle ne semblait pas être comme les autres femmes qui voulaient juste accrocher un mâle de
plus à leur tableau de chasse ; c’est d’ailleurs pour cette unique raison – malgré son besoin inné de sexe – qu’il n’avait encore jamais taquiné le démon de midi. Il serait fidèle à sa femme
pour ce qui est de l’amour, de même qu’il serait fidèle à sa maîtresse dans une relation sexuelle suivie. Il était sûr de son fait, car ni sa raison, ni son amour n’entrait en jeu : seul
l’instinct animal de sa personne se manifestait, le besoin de forniquer, de s’adonner au sexe sans tabou.
C’est le serment que Caroline avait également prêté. Elle était une «femelle », une proie pour les hommes qui l’abusaient. Car le sexe était sa façon d’exister et elle assouvissait naïvement
ses pulsions avec de nombreux amants qu’elle n’arrivait jamais à retenir plus que le temps d’explorer tous les jeux sexuels. Elle courrait alors, en dépit d’accéder au grand amour, après une
relation suivie, basée sur les plaisirs de la chaire ; c’est d’ailleurs cette idée, qui avait en premier excité son désir pour Yannick.
Voilà pourquoi après leur première relation, ils éprouvèrent un sentiment d’achèvement de leur désir : lui avait trouvé une partenaire à la hauteur de ses fantasmes, elle s’était éclatée et
était à présent certaine de la continuité de leur relation tant Yannick s’était impliqué dans leur jouissance mutuelle. Tous les deux s’étaient à présent juré d’être assez raisonnable pour
séparer le désir physique du sentiment amoureux.
Cependant, au bout de cinq années d’ébats épanouissants au plus haut point, elle devenait jalouse. Jalouse de la femme de Yannick, de ses trois enfants, jalouse de vivre dans l’ombre d’une
passion amoureuse, marre de n’être qu’un exutoire sexuel, tel un objet. Il lui semblait que, logiquement, elle avait franchit un seuil dans son attirance pour son amant, et maintenant elle
l’aimait, elle éprouvait de l’amour pour lui…Elle était décidée à lui avouer ses sentiments lors de leur prochain rendez-vous.
« Yannick, je t’aime ! »
Il bondit ! ! ! Sa jouissance s’était diluée dans ses paroles. « Je t’interdis de m’aimer ! » Avait-il violemment répliqué.
Il se rhabilla et la quitta de suite, en colère et dépité. Lui qui avait toujours contrôlé la situation, connaissant sur le bout des doigts la mécanique sexuelle de sa partenaire, il n’avait pas
pu prévenir les sentiments humains de celle – ci. Par son amour naissant, elle menaçait la sérénité de son couple construit d’amour platonique qui voyait grandir l’aîné de huit ans, le cadet de
six ans et le benjamin de cinq mois. Son mariage bonifié par dix-sept ans de complicité, ne s’érodait pas dans leur vie commune au quotidien ; il aimait sa femme comme jamais il ne pourrait aimer
quelqu’un d’autre.
Et ça, Caroline, le savait ; il l’avait prévenue dès le départ. Et il faisait beaucoup pour elle, pour le suivit de leur relation. Il s’était souvent débrouillé pour la rencontrer, à sa demande,
alors que son besoin de sexe était exacerbé, trouvant des excuses diverses pour cacher sa double vie à sa femme. Ainsi, avec Caroline, il ne pouvait s’agir que d’échanges sexuels de bon procédé…
Elle avait besoin de sexe, pas de sentiments, tout comme lui. Mais il oubliait que ce côté sentimental, lui, le vivait avec sa femme alors que Caroline s’était vouée totalement et exclusivement à
sa relation nymphomaniaque qui laissait place, après tout ce temps au sentiment amoureux. Elle risquait de le faire chanter voire de tout révéler à sa femme… Il lui fallait trouver une
solution ! Mais il ne pouvait se résoudre à la supprimer tellement elle était attirante. Il penserait à autre chose. Il mettrait en route sa machination machiavélique lors de leur prochaine
rencontre.
Lorsqu’il arriva chez elle, il la trouva plus désirable que jamais. Il lui fit une dernière fois l’amour et attendit qu’elle s’endorme. Ensuite, il chercha un couteau dans la cuisine. Alors, pour
qu’elle ne puisse pas crier, il commença par lui trancher les cordes vocales, puis pour qu’elle ne puisse plus communiquer par quelque moyen que ce soit, il lui sectionna la moelle épinière au
niveau de la deuxième vertèbre ce qui eût pour effet de la paralyser totalement, et pour finir, il lui fit perdre l’usage de la vue et de l’ouïe… Cette affaire sordide fit la une des journaux,
mais aucun coupable ne fut jamais découvert. La lointaine famille de Caroline décida de la placer dans un hôpital spécialisé, ce qui permit à Yannick de la visiter légalement aussi souvent que
possible comme un ami. Il s’enfermait de longues heures dans sa chambre, prétextant de s’en occuper, mais même réduite à l’état d’objet, elle gardait sur lui un pouvoir libidinique qui avait
révélé en lui une nouvelle passion perverse : le fétichisme.