HISTOIRE DE TROUS
Par Claude Vedder
Toute ma vie, j’ai été poursuivi par les trous.
Dès l’âge de deux ans, j’ai mon premier trou dans la tête, en tombant sur le coin de la table. A cinq ans, je chute avec mon vélo et je me fais un trou dans la
paupière. Les trous sur les genoux, je connais à force de tomber sur le macadam en jouant au football. Mais si ces trous m’ont laissé des traces physiques, il en est autrement des dégâts
psychologiques de ce qui va suivre.
A l’école, les instituteurs et institutrices me répétaient sans cesse : « Avec tes trous de mémoire, tu ne réussiras jamais dans la vie ! » et
cela jusqu’en terminale.
A l’adolescence, mes copains bien plus beaux que moi sortaient avec des filles sublimissimes. A chaque nouvelle conquête, ils me conviaient à les rencontrer en me
prévenant : « Tu verras, elle troue le cul cette nana ! » Moi, le premier flirt m’a quitté après m’avoir demandé où j’habitais. «J’habite Coinchiteau ». Elle me
répondit : « Whaouh ! C’est paumé ! Quel trou ! ». J’ai quitté la suivante, une nymphomane vulgaire qui me disait : « Viens vite ! Bouche mon
trou ! »
Jeune adulte, ma vie fut un vrai trou noir. Un nouvel amour qui me lâche, un concours de fonctionnaire loupé et pour parachever le tout, le décès de ma mère…Le bord
du gouffre !
L’armée arrive bien : c’est la possibilité pour moi de changer d’air et d’esprit. Et bien non ! « Bande de trous du cul ! En avant
marche ! » J’ai ri ! Aussitôt je me suis retrouvé …au trou.
Au travail, mes collègues me surnommaient trou d’anus, et puis à la banque, toujours dans le trou, dans les média l’affaire Dutroux, le trou dans la couche d’ozone
…des trous, des trous, une avalanche de trous : à la fin j’en ai eu marre. J’ai pris une cartouche, je l’ai enfoncé dans le trou du barillet, j’ai mis le doigt dans le trou de la gâchette,
j’ai retourné le trou noir du canon et le coup est parti avant que je n’applique le pistolet sur la tempe. Je me suis fais un gros trou au front.
Alors aujourd’hui, je suis dans un lit d’hôpital, à espérer que l’on ne me mette pas dans le trou et si je m’en tire, je me promets de sortir de mon trou de souris
et de faire mon trou dans la vie. Ca vous en boucherez un coin, non ?