Lycanthropie

 
 
 
 
 
LYCANTHROPIE
Par Claude Vedder
 
 
 
 
 
 
" La nuit dernière, une jeune femme a de nouveau été la victime innocente du violeur qui terrorise la ville depuis maintenant plusieurs semaines.
 
Il était cinq heure du matin lorsque Monsieur Varrin, éboueur, a découvert le corps atrocement mutilé de Mademoiselle Arthus, gisant dans le caniveau.
Les policiers ont déjà interrogé en vain tous les suspects connus de leurs fichiers. Les experts psychiatres penchent pour un désaxé qui se conduirait comme un loup-garou, même si le criminel ne semble pas influencé par le cycle lunaire."
 
J'étais assez fier de mon article qui paraissait aujourd'hui dans le journal. Il était clair et concis, sans alarmer la population locale. Il est vrai que je ne pouvais pas donner trop de détails. La vue de la victime avait soulevé en moi des hauts le cœur et je fus parcouru de frissons d'effroi. Comment un être humain pouvait-il accomplir de tels actes de cruauté ? Quelles étaient ses motivations ? Il fallait vraiment être telle une bête pour agir ainsi. Cette affaire me passionnait d'autant plus que le violeur se donnait une ligne de conduite d'après le modèle de mes articles. A la victime suivante, il avait en effet poussé un hurlement que tout le quartier avait pu entendre, il était même allé jusqu'à uriner et déféquer autour du cadavre sans pouvoir identifier formellement la nature de ces déjections.
 
Mais c'est certainement le récit de son dernier crime qui a sans aucun doute marqué le plus l'opinion publique.
 
La demoiselle avait dû être dotée d'une grande force physique et d'un terrible instinct de survie, pour avoir arrangé son agresseur de la sorte. Le cri qu'avait pu entendre les habitants de la ville partageait les avis : s'agissait-il d'un cri de douleur de la "bête" ou d'un cri de victoire de la victime avant de mourir ? Il n'en était pas moins sûr que le combat dut être rude car le violeur et sa victime ne formaient plus qu'un tas de chair lorsque le premier témoin les découvrit.
 
Voilà le résumé de l'article que j'avais composé au lendemain de ce qui fut le dernier viol commis par celui que je nommais pseudo loup-garou. Mais ce que l'article omettait volontairement de révéler c’est que l’agresseur avait pu en réchapper. Je le savais d’autant plus que c'est que les traces d'urine et de déjections que j'avais répandu cette nuit-là avaient été dissipées par la pluie ; et surtout, la touffe de poils – seule preuve indiscutable de mon état de lycanthropie - que ma victime m'avait arraché était partie dans les égouts. Et je dois avouer que c'était bien un cri de victoire que la bête qui me possède avait poussé après avoir étanché sa soif de chair et de sang. Telle était la vérité, je m'en souviens très bien, c'était soir de pleine lune, cette nuit-là.

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